08/03/2022 - Ferme de la Butte Pinson

Parole de Fermier : Djorgil

” Je m’appelle Djorgil, j’ai 18 ans, je suis né à Stains et j’habite à Montmagny. Je viens d’une famille de gens du voyage, on est installé juste à côté de la Ferme d’Espoir, à 400 mètres. Cela fait 50 ans que ma famille est installée là – mon oncle a 60 ans, il s’est installé là quand j’avais 9 ans. Je connais la Butte Pinson depuis que je suis tout petit, dès sept ou huit ans j’en entendais parler, car mon père était ami avec le directeur. A 16 ans je suis venu une première fois, mais je n’étais pas assez mâture pour faire un service civique, alors j’ai attendu ma majorité et à 18 ans j’ai commencé.

Crédit photo : Marie Audinet

J’ai été scolarisé jusqu’à la primaire mais c’était compliqué. Je n’étais pas très studieux et on n’habitait là que l’hiver, alors j’allais à l’école peut-être 15 fois par an. L’été on partait un peu partout dans le 77, à la mer, dans le Sud, alors je ne pouvais pas être très assidu. Moi j’aime beaucoup ce mode de vie. J’ai passé ma vie sur les routes, ça me plaît et ça me correspond. On habite dans nos caravanes. On a tout ce qu’il faut et je me sens libre comme ça. Mais du coup j’ai pris du retard et aujourd’hui je le rattrape ; ce service civique m’a permis de reprendre ma vie en main, de construire mon propre chemin. Avec l’accompagnement d’Edwige, la responsable du site de la Ferme d’Espoir de la Butte Pinson, on a aménagé mon planning pour que je puisse prendre des cours d’alphabétisation en parallèle de mon service civique. Durant ma mission, on a préparé mon après service civique : je vais suivre une formation linguistique de 6 mois à Saint-Denis pour apprendre à mieux lire et à écrire, à laquelle j’irai tous les jours.

Moi je suis un peu maniaque, la première fois que je suis arrivé je me suis dit que c’était un peu sale, plein de boue – mais on s’y fait vite ! J’ai beaucoup aimé le travail avec les animaux, mais ce qui m’a le plus plu c’est le travail d’équipe et les gens que j’ai rencontré : ça a eu un vrai impact sur ma vie, je me suis fait de très bons amis. En fait, avant, je n’étais pas sûr de pouvoir me faire des amis aussi proches en dehors de ma communauté. Avec ce service civique, j’ai rencontré des personnes qu’aujourd’hui je vois tous les jours, on va au ciné, au restaurant, on s’invite les uns chez les autres pour manger des raclettes. Je suis super reconnaissant de les avoir rencontrés, cette expérience commune nous a soudés.

Par la suite j’aimerais être couvreur, travailler dans la toiture, c’est un métier qu’on exerce beaucoup dans ma famille et un projet que j’étudie avec la mission locale. J’avais besoin de passer le permis pour pouvoir faire ça, et ce service civique à la ferme d’Espoir m’a permis d’économiser pour payer les cours : j’ai réussi mon code, j’ai fait mes heures, il ne me reste que l’examen qui arrive très bientôt !

L’Etat ne nous respecte pas assez, dès qu’on est gitan, il nous considère différemment. Quand on s’installait sur des parkings derrière des centres commerciaux, la police nous mettait la pression pour partir : il faudrait que les caravanes soient considérées comme des logements à part entière. Il faudrait aussi installer des bennes près chez nous, car au niveau des déchets ça peut être très compliqué, on a notre poubelle qu’on descend en bas de chez nous et qui est ramassée par les éboueurs mais si on avait des grandes bennes de la commune, vidées tous les mois, ce serait mieux.

Ma famille va bénéficier du plan de relogement de la communauté d’agglomération Plaine Vallée : ça fait 26 ans qu’on nous promet ça, mais là ça devrait se faire. Des maisons en dur vont être construites, on va être relogé sur un terrain avec un emplacement pour la voiture et la caravane, à quelques kilomètres de là où nous sommes installés maintenant. Je trouve ça super. Moi, ça ne me dérangerait pas de vivre dans une maison, surtout l’Hiver ; ce que je ne supporterais pas, ce serait de vivre en appartement ou en cité, et de ne pas pouvoir partir en caravane l’été. Il y a aussi le chantier d’insertion « Les Brigades Vertes » qui démarre prochainement sur le site pour dépolluer les sols et ramasser les déchets entassés depuis des années : c’est un bon projet, c’est mieux pour la nature et pour nous, ce sera plus propre, plus frais, on respirera mieux, on vivra mieux.

J’invite tous les jeunes à faire l’expérience du volontariat en service civique. D’ailleurs j’ai déjà conseillé à mes proches de le faire. Pour moi ça a été un déclic. Avant de commencer je me sentais un peu seul, perdu. Mais je sais maintenant qu’il ne faut pas baisser les bras, se relever et toujours garder la foi : cette expérience m’a redonné de l’espoir et de l’envie ! “

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