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Index égalité Homme/Femme

Espoir CFDJ publie son engagement dans l’égalité Homme/Femme.

Communiqué égalité femmes-hommes A 2019-1

 

Sans titre1Depuis juillet 2015, le service Jeunes Errants a fait l’acquisition d’un camping-car aménagé, grâce à une subvention essentiellement de la fondation Aéroport de Paris (ADP), pour répondre à l’une de nos missions : l’accompagnement socio-éducatif de jeunes en situation d’errance familiale.

« LaSans titre2 P’tite Ecole » se déplace trois fois par semaine sur un campement de Champs sur Marne (77) où nous accompagnons dix-huit enfants et réalisons plusieurs activités : distribution de nourriture et vêtements, ateliers de prévention et de soutien aux apprentissages scolaires, soutien aux démarches administratives, activités sportives, jeux éducatifs et ludiques, etc.

L’équipe éducative, forte de dix années d’expérience, dispose d’une bonne connaissance du contexte culturel, socio-économique et administratif dans lequel évoluent ces jeunes. Grâce à ce dispositif, le service souhaite apporter une alternative à leur errance en proposant une approche spécifique, un accompagnement personnalisé et adapté à chaque situation.

Le camping-car aménagé donne à notre équipe éducative une souplesse d’intervention qui nous permet de nous déplacer, d’être repérés et présents sur le campement, lieu de vie des enfants.
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L’équipe éducative de « La P’tite Ecole » est composée essentiellement de cinq personnes : une assistante sociale roumanophone, un éducateur spécialisé, deux éducateurs spécialisés en stage et un intervenant roumanophone en contrat civique.
L’objectif de notre intervention est d’accompagner les enfants vers une scolarisation au sein de l’école Républicaine et à plus long terme, de faciliter leur inclusion dans la société française.

Tous les enfants ont fait l’objet d’une demande d’autorisation parentale pour les prises de photo.

 

Lorsque j’ai pris mes fonctions de directeur en 2013, j’ai emmené dans mes valises un partenaire que je souhaitais vraiment partager avec les enfants du placement familial, la Scène de Sénart, un lieu culturel de proximité mais dont les équipes s’attachent au fil des années à proposer des spectacles variés et surtout tellement originaux que chacun, petits et grands peut y trouver le moment qui éveillera chez lui son goût pour le spectacle vivant. Il faut aussi dire que la Scène de Sénart dispose d’un service spécialisé dans l’accueil des groupes et consacre une partie de son budget à proposer des tarifs très préférentiels aux organismes socio-éducatifs. Son directeur et ses équipes sont des « chevaliers » de la culture pour tous !

Cette idée a fait particulièrement écho chez Brigitte Arnaud, éducatrice spécialisée et référente au PF de Melun, qui comme moi croit que les enfants de nos services ont droit au meilleur et au beau pour s’en nourrir, grandir, s’épanouir, les aider à devenir des adultes capables de faire des choix et de les défendre. Cet apprentissage du choix personnel nous allons donc l’aborder en apprenant à dire « j’ai aimé ou je n’ai pas aimé pour telle ou telle raison ».

La première année de ce partenariat, nous avons sélectionné quelques spectacles entre nous pour inviter les enfants à la découverte et à la variété.

« L’homme cirque » avec ce clown, accordéoniste, acrobate, funambule, homme canon.. mais aussi monteur de chapiteau, qui nous fait partager adrénaline et poésie, rires et frissons, surtout lorsqu’il termine le spectacle en partant seul sur un fil vers la lune avec son frêle balancier …. Quelle modernité dans le respect des traditions du cirque et les plus jeunes sont ressortis avec de la lumière dans les yeux et une grande interrogation, « mais il va où le monsieur ? » et nous avons laissé place à l’imaginaire.

Puis, ce fût le tour des 15 adolescents pour le spectacle « Kiss and Cry ». Imaginez des acteurs qui projettent leurs doigts sur un écran géant et vous font ressentir toutes les émotions du sentiment amoureux et du temps qui passe, pendant qu’une foule de technicien, visibles par les spectateurs réalisent un jeu de scène bluffant à base d’objets détournés et dont la projection autour des « personnages-doigts » fabrique le contexte nécessaire. Deux fois 10 doigts, ceux d’une femme plus sensuels et ceux d’un homme plus forts et masculins qui suscitent, murmurent ce que les adolescents n’osent exprimés. Si certains se sont réfugiés derrière les mots « lent et ennuyeux », les ados ont pu dire aussi « originalité, ingéniosité, … » et parler du détournement qui permet d’exprimer plus facilement les choses délicates … Bel outil pour nous durant les prochains entretiens !

Le spectacle Linéa c’est 2 acteurs jongleurs qui usent de tout leur talent pour faire apparaitre lignes, traits, arabesque et écrivent dans l’air avec de la corde. Le côté très visuel a enthousiasmé les enfants et leur a fait dire « avec seulement 3 bouts de ficelles ils m’ont donné envie de faire des choses mais ça doit être dur… », l’art susciterait il des vocations et l’envie de connaitre ses propres capacités même au prix d’un effort?

Nous n’aurions pu éviter durant cette année le spectacle « déjanté » qui nous contera le parcours d’une petite fille partie explorer l’album photos de son histoire … tout un programme pour les enfants du PF…. Un conte pop, une musique entre rock et berceuse, qui a laissé nos jeunes sans mot …mais tellement réflexifs que nous n’avons pas osé questionner leur ressenti.

Que serait l’art s’il refusait d’entrer dans son époque, alors nous voici partis avec 15 adolescents pour un spectacle de Hip Hop, mais au-delà de la danse, en joignant le corps à la parole cinq danseuses parlent d’elles, de ce qu’est la vie d’une femme danseuse, de leur bonheur de créer, de leur liberté quand elles dansent mais aussi du regard des autres. Si nous avions âprement négocié pour obtenir de la place à ce spectacle car les jeunes avaient été très demandeurs et que les places étaient rares, il n’a finalement pas fait l’unanimité, car le hip hop c’est peut-être avant tout pour eux un défouloir et ils ont été surpris, presque « cueillis » par le fait que l’on puisse parler de soi à travers son corps, ce choix d’interprétation les a peut-être un peu dérangé !

La saison suivante sera celle durant laquelle les enfants vont expérimenter vraiment le choix. Nous allons les inviter à une soirée d’organisation, mélanger petits et grands, il va falloir s’écouter et laisser de la place aux petits et sélectionner des spectacles sur la base d’une image et d’un résumé. Les contraintes seront importantes, les dates, les horaires, le coût … et aussi cette chose impensable, se tromper !!

Mais nous allons leur faire confiance et laisser le groupe se construire et nous vous raconterons la suite l’an prochain !

Sylvie FABRE

Directrice du Pôle de Melun

 

Raphaël LIOGIER, Ce populisme qui vient. Conversations pour demain, Textuel, octobre 2013. [112 p.)

Peuple, populaire, populisme(s) ?

En France, en Europe, mes tensions s’accentuent sur des points sensibles tels que l’identité (culturelle, nationale, européenne…), l’accueil (ou le rejet) des étrangers, les fractures territoriales et sociales ; et chacun de faire appel au ‘Peuple’… pour parler au nom de peuple. Que sont donc ces « populismes », connotés péjoratifs, alors qu’on valorise le beau mot de « populaire » qu’on associe à culture, éducation, mouvements, classes… ?

Les courants populistes1 en Europe renaissent avec les mouvements anti-fiscaux scandinaves (Danemark et Norvège, années 1970), tandis qu’au même moment se forme le Front national de Le Pen sur l’identité nationale. Souverainistes, ils s’opposent à Bruxelles, aux étrangers et aux immigrés. Les incertitudes liées aux crises pétrolières (années 70), à la mondialisation (après 1989), à la crise financière (2008), sont associées à leurs fortes poussées2.
Les chiffres électoraux du FN en France sont-ils moins impressionnants que ceux de ses homologues européens. Pas de quoi se rassurer : la diffusion du « populisme » n’en est que plus insidieuse et dangereuse. R. LIOGIER appelle ce processus : « populisme liquide » ; il s’infuse d’autant mieux dans de nombreux relais de formation d’opinion : intellectuels, syndicats, partis, groupes d’influence, et, à la suite, dans les partis et mouvements de gouvernement courant après… ces opinions.

Les thèses des « populistes » ? L’auteur constate que « le ‘’peuple’’ du populisme n’a aucune caractéristique précise… pour pouvoir revêtir n’importe lesquelles selon les besoins. Le peuple n’est rien et il est tout à la fois, partout et nulle part, pourtant chacun semble savoir de quoi il parle. » [p.14] Le vide de la notion permet de la charger de ce que l’on veut justifier… au nom du peuple ; de faire appel au bon sens populaire, aux valeurs communes, définis comme des acquis fondés sur les traditions nationales – sans en faire la généalogie historique. L’essentiel est de se défendre « contre » ce qui est « ressenti » comme menace : les us et coutumes apportés par les autres – les ‘étrangers’, ‘eux’. Fortement associée à cette défense de l’identité3 : la notion de déclin (économique…), de décadence (morale, éducative, sociale…), en référence à un « avant » : le célèbre « c’était mieux… avant !», sans que l’on définisse quand se situe cet avant – l’âge d’or ? L’objectif est de faire partager un sentiment d’appartenance plus émotionnel que rationnel.

Par ce court et percutant essai, R. LIOGIER nous offre une introduction pertinente pour prendre la mesure de « ces populismes qui viennent », et d’apprendre à s’y confronter – les analyser sans concession, participer inlassablement à leur prévention, notamment par notre action auprès des plus vulnérables.

Henry COLOMBANI
Et pour aller plus loin :
. Michel WIEVIORKA, Le Front national, entre extrémisme, populisme et démocratie, Maison des Sciences de l’Homme, coll. « Interventions », 2013.
. « Populismes », revue Critique, collectif, n° 776-777, février 2012.
. Dominique REYNIE, Populisme : la pente fatale, Plon, 2011. (Prix du livre politique, Prix des députés 2012)
. Raphaël LIOGER, Le Mythe de l’islamisation. Essai sur une obsession collective, Seuil, 2012.
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1 Une des premières utilisations du terme est attestée en russe « Narodnitchesvo » ou en américain dans « Populism », qu’on traduit en français par « populisme » dans les dictionnaires au début des années 1930. A la fin du XIXe siècle, la tradition française désignait ces phénomènes sous les termes de « bonapartisme » ou de « boulangisme ». C’est cependant en France, dans les années 50, que le populisme européen se développe à nouveau, avec le « poujadisme ».
2 Les libéraux autrichiens du FPÖ (1999, Jörg Haider au gouvernement, 28% aux législatives de 2008) ; les « Vrais Finlandais » (19% en 2011) ; le Parti de la Liberté aux Pays-Bas (16% en 2010); l’Union démocratique du Centre (UDC) Suisse – anti-immigrés et anti-UE, devient le premier parti. Viktor Orban et le Fidesz en Hongrie prennent le pouvoir (2010, 52,7%) … La Ligue du Nord en Italie – qui a participé aux gouvernements de Berlusconi – et le Vlaams Blok (devenu Vlaams Belang : Intérêt flamand ») en Belgique est la première formation politique belge avec 17,4% des suffrages… 3 Sur les risques de l’utilisation du concept d’identité, voir le très éclairant petit livre du sociologue Jean-Claude KAUFMANN : « Identités, la bombe à retardement », Textuel, 2014.

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