Blog Archives

La dernière lettre de nouvelle de l’Association vient de paraitre!

Merci à tous les contributeurs et au comite de rédaction de la commission communication!

L’organisation d’une journée anniversaire pour le centenaire est l’occasion de revenir sur 100 ans d’histoire d’interventions socio-éducatives à l’épreuve de l’expérience Associative.
L’Association a choisi de s’appuyer sur un web-documentaire pour illustrer les dynamiques à l’œuvre qui ont participé à structurer le secteur socio-éducatif et l’Association.
Elle a confié à Laëtitia Moreau sa réalisation qui s’appuiera notamment sur les recherches menées dans le cadre des trois précédentes journées d’études sur l’histoire associative. Le scénario de ce web-documentaire mettra en perspectives 100 ans d’initiatives privées et publiques dans le domaine de l’action sociale.

ARTICLE MANIFESTATION DU 27 JANVIER 2016

Laurent MUCCHIELLI (sous la direction de), La délinquance des jeunes, coll. « Les études », n°5402-03, La Documentation française, novembre 2014. [156 p. 14,80 €]

Comme elle est tenace, la tradition ancienne qui associe classes laborieuses et classes dangereuses, jeunesse – soit jeunes des classes populaires… – et dangerosité ! Que nous dit-elle sur la perception de la violence, la définition de la délinquance, selon les époques, les cultures ? Le regard du sociologue Laurent Mucchielli , en prélude à cet ouvrage collectif, invite à réfléchir au très grand écart qui existe entre la masse des connaissances élaborées par les disciplines traitant de ces sujets et l’absence de prise en compte qui en est faite dans le débat public.

Un tel « recul », nécessaire pour prendre en considération les recherches et les travaux scientifiques, est difficile. Y font obstacle aussi bien les pressions des enjeux politiques, la surexposition médiatique, les réflexes de l’opinion – essentiellement sur le registre « moral ». Mais l’opération est difficile car les formes et contenus des contextes historiques se chevauchent eux-mêmes d’une époque à l’autre, notamment à travers les générations qui se superposent et coexistent avec de fortes différences de « ressentis ».

Un des intérêts majeurs de l’ouvrage : l’approche historique sur la longue durée – du Moyen-âge à nos jours – présentée par les trois premiers chapitres ; sont ainsi proposés les points-clés des très nombreux travaux sur l’évolution des représentations et des conceptions. On y voit à l’œuvre une « archéologie d’une construction sociale » qui fait apparaître l’émergence de la notion de jeunesse, puis de son contrôle éthique ; la violence (physique et sexuelle, notamment chez les jeunes mâles célibataires) étant progressivement réorientée vers des espaces de civilisation des mœurs, les formes admissibles de violence étant peu à peu appropriées par l’Etat s’instituant.

Après un premier chapitre qui traite des « Violences et délinquances juvéniles dans la longue durée historique » (Xavier Rousseaux et Veerle Massin), le chapitre 2 – « De Gavroche aux Blousons noirs. La construction de la délinquance juvénile comme problème public (Jean-Jacques Yvorel)» – retrace l’évolution de la figure du « Gamin de Paris » (valorisé jusqu’au mythe par le Victor Hugo des Misérables, dont on notera la position solitaire et visionnaire en un temps où les gens de lettres écrivaient leur mépris pour ces rebuts sociaux en des termes qu’on ne pourrait imaginer de nos jours…) jusqu’à celle des « Blousons noirs », ainsi désignés à la fin des années 50, en passant par celle des « Apaches » parisiens du début du XXe siècle, qui devient « l’archétype du danger social, le parangon du crime… »
L’analyse des années 1800 à 1960 révèle une constante importante : « Dès qu’elle est ‘inventée’, et chaque fois qu’elle occupe le devant du débat public, la délinquance juvénile est présentée comme connaissant une extension inédite, et comme nécessairement plus grave et plus violente que naguère, un naguère qui n’est généralement pas daté. » De plus, en se repliant sur le registre moral, « on évoque principalement la responsabilité des parents et surtout les pratiques culturelles des jeunes… » En un mot, l’on produit et reproduit à chaque fois le processus de « population-cible » !
Le chapitre 3, traité par Mucchielli, – « L’évolution de la délinquance des mineurs en France depuis les années 1970 » s’attache aux problématique de définition et de mesure, les enquêtes en population générale montrant une stabilité des phénomènes mais une délinquance des mineurs de plus en plus judiciarisée.
L’on retrouve ici, clairement illustrées par les tableaux des évolutions statistiques du nombre de mineurs mis en cause dans les procédures, les hypothèses que l’auteur construit dans les travaux précédents et qui ont contribué à sa réputation scientifique et militante. L’assise de son approche semble bien résumée dans cette sorte de principe de précaution – d’abord, démarche épistémologique – qu’il énonce sur l’acte de mesurer en forme de trois règles d’or de l’analyse statistique en sciences humaines :
1) On ne peut rien dire d’un chiffre si l’on ignore comment il a été fabriqué.
2) Un seul chiffre ne saurait permettre de décrire ni mesurer un phénomène social complexe.
3) Les chiffres ne ‘parlent pas d’eux-mêmes’, c’est nous qui les faisons parler.

Cette approche, qu’accompagne une éthique, invite à produire un travail de « déconstruction » des a priori culturels de toute espèce, à prendre en compte la contextualité de toute production sociale et à évaluer le caractère historique de ces « construits », c’est-à-dire à mesurer et comparer les étapes de leur évolution.
Un des premiers résultats de cette analyse tend à montrer que « contrairement à une idée courante du débat public, au plan national, il n’y a pas eu de croissance spectaculaire et spécifique de la délinquance des mineurs du point de vue des institutions qui la prennent en charge, à l’exception d’une courte période (1994-1998). »
Les chapitres suivants complètent le voyage qui nous est proposé sur différents axes des problématiques de la délinquance des jeunes : 4. Les délinquances juvéniles : diversité des parcours et construction des « carrières » (Laurent Mucchielli) – 5. Les violences sexuelles commises par des mineurs (Véronique le Goaziou) – 6. Les bandes de jeunes dans la France contemporaine (Marwan Mohammed)
Christophe Daadouch, avec le chapitre 7 : « Que reste-t-il de l’ordonnance du 2 février 1945 ? », propose une lecture particulièrement aiguë du devenir d’une vieille dame qui célèbre cette année – malheureusement d’une manière trop discrète – ses 70 ans : l’ordonnance du 2 février 1945, issue des travaux du Conseil national de la Résistance, avec bien d’autres mesures qui ont structuré après la seconde guerre mondiale l’Etat-providence en France, et qui régit le droit pénal des mineurs.
70 ans … et peu retouchée, si ce n’est à la marge, pendant une trentaine d’années, puis soumise à une frénésie de réformes : une trentaine en 20 ans…, « relativisant son caractère sacré… » Une formule illustre cette accélération qui aboutira à la réforme de la loi du 5 mars 2007, celle d’un futur président de la République, alors ministre de l’Intérieur, énonçant « qu’on n’était plus mineur aujourd’hui en 2006 comme on l’état en 1945… », ou précisant sa pensée ‘anthropologique’ : « Un garçon de 17 ans, qui mesure 1,90 m, qui frappe à terre avec une violence inouïe un photographe ou une petite jeune fille, l’emmener au tribunal pour enfants, il n’a plus rien d’un enfant, c’est parfaitement ridicule.» C’est évidemment oublier les fondamentaux de la justice des mineurs et qui va fonder le socle de la démarche : prévenir, éduquer, punir… Justice qui repose sur la figure centrale du Juge des enfants (les tribunaux pour enfants ayant été créés en 1912…), « compétent tant au pénal qu’au civil, pouvant passer d’une procédure à l’autre à tout moment, avec une souplesse procédurale sans égale… Au pénal il est même compétent à toutes les étapes : juge d’instruction, juge des libertés et de la détention, juge de jugement, et, depuis la loi du 9 mars 2004, juge d’application des peines pour les mineurs incarcérés. »
C’est à ce statut que de récentes lois – d’après les recommandations du rapport Varinard, en 2008 -, ont porté atteinte, notamment avec, par l’institution des tribunaux correctionnels pour mineurs, présence de juges non spécialisés voire s’ouvrant à des jurys populaires. De même, dans les mesures pour combattre les « récidivistes », l’instauration d’une automaticité de peines et de peines planchers, est venue mettre à mal le principe d’individualisation des peines. Sans entrer ici dans des détails juridiques qui supposent des précisons et nuances qui ne sont pas de notre compétence, retenons l’évaluation générale proposée par Daadouch, qui a fait passer « de la primauté de l’éducatif à l’automaticité de la réponse pénale ».
La situation des services de la Protection judiciaire de la Jeunesse (PJJ), qui est au cœur des démarches d’accompagnement des mineurs sous main de justice, a été bousculée par les réformes successives, notamment celle de 2007, malmenant « une culture éducative qui se transmettait depuis plusieurs générations et donnait du sens à l’engagement professionnel […] En somme, le dispositif s’est substitué à l’éducatif… » Plus généralement, on est ainsi passé « de l’irresponsabilité du mineur à une responsabilité atténuée… »
Enfin, un dernier chapitre (8) propose une évaluation des prises en charge des jeunes délinquants (Virginie Gautron), en mettant l’accent sur deux lignes de force mises en œuvre ces dernières années : Le développement de nouvelles sanctions centrées sur la responsabilisation des mineurs primodélinquants ; L’évolution des prises en charge des mineurs multiréitérants : entre éducation sous contrainte et contention.
L’auteure y traite des dispositifs intermédiaires d’éducation sous contrainte, avec les mesures de liberté surveillée, les TIG (travaux d’intérêt général) et, ce qui a le plus marqué le changement vis-à-vis des principes de l’« éducabilité » des mineurs délinquants, un développement des mesures de placement à visée « contenante » (au sens de contention), dont les CER (centres éducatifs renforcés) et les CEF (centres éducatifs fermés), depuis les années 90.
Pour conclure, on ne peut qu’inviter les acteurs concernés du champ du travail social et de l’éducation à se ressourcer dans cette riche palette de contributions, précieux état des lieux de la situation de la délinquance des jeunes et des dispositifs qui en accompagnent la prise en charge par les politiques publiques. Le lecteur y trouvera de nombreux tableaux descriptifs et explicatifs ainsi que des références bibliographiques récentes. Et un bel argumentaire pour combattre les jugements de valeurs à l‘emporte-pièce et soutenir l’endurance dans la description des faits, la patience pour leur décryptage, conditions requises pour construire, en tâtonnant, de réponses possibles.
Henry COLOMBANI

Raphaël LIOGIER, Ce populisme qui vient. Conversations pour demain, Textuel, octobre 2013. [112 p.)

Peuple, populaire, populisme(s) ?

En France, en Europe, mes tensions s’accentuent sur des points sensibles tels que l’identité (culturelle, nationale, européenne…), l’accueil (ou le rejet) des étrangers, les fractures territoriales et sociales ; et chacun de faire appel au ‘Peuple’… pour parler au nom de peuple. Que sont donc ces « populismes », connotés péjoratifs, alors qu’on valorise le beau mot de « populaire » qu’on associe à culture, éducation, mouvements, classes… ?

Les courants populistes1 en Europe renaissent avec les mouvements anti-fiscaux scandinaves (Danemark et Norvège, années 1970), tandis qu’au même moment se forme le Front national de Le Pen sur l’identité nationale. Souverainistes, ils s’opposent à Bruxelles, aux étrangers et aux immigrés. Les incertitudes liées aux crises pétrolières (années 70), à la mondialisation (après 1989), à la crise financière (2008), sont associées à leurs fortes poussées2.
Les chiffres électoraux du FN en France sont-ils moins impressionnants que ceux de ses homologues européens. Pas de quoi se rassurer : la diffusion du « populisme » n’en est que plus insidieuse et dangereuse. R. LIOGIER appelle ce processus : « populisme liquide » ; il s’infuse d’autant mieux dans de nombreux relais de formation d’opinion : intellectuels, syndicats, partis, groupes d’influence, et, à la suite, dans les partis et mouvements de gouvernement courant après… ces opinions.

Les thèses des « populistes » ? L’auteur constate que « le ‘’peuple’’ du populisme n’a aucune caractéristique précise… pour pouvoir revêtir n’importe lesquelles selon les besoins. Le peuple n’est rien et il est tout à la fois, partout et nulle part, pourtant chacun semble savoir de quoi il parle. » [p.14] Le vide de la notion permet de la charger de ce que l’on veut justifier… au nom du peuple ; de faire appel au bon sens populaire, aux valeurs communes, définis comme des acquis fondés sur les traditions nationales – sans en faire la généalogie historique. L’essentiel est de se défendre « contre » ce qui est « ressenti » comme menace : les us et coutumes apportés par les autres – les ‘étrangers’, ‘eux’. Fortement associée à cette défense de l’identité3 : la notion de déclin (économique…), de décadence (morale, éducative, sociale…), en référence à un « avant » : le célèbre « c’était mieux… avant !», sans que l’on définisse quand se situe cet avant – l’âge d’or ? L’objectif est de faire partager un sentiment d’appartenance plus émotionnel que rationnel.

Par ce court et percutant essai, R. LIOGIER nous offre une introduction pertinente pour prendre la mesure de « ces populismes qui viennent », et d’apprendre à s’y confronter – les analyser sans concession, participer inlassablement à leur prévention, notamment par notre action auprès des plus vulnérables.

Henry COLOMBANI
Et pour aller plus loin :
. Michel WIEVIORKA, Le Front national, entre extrémisme, populisme et démocratie, Maison des Sciences de l’Homme, coll. « Interventions », 2013.
. « Populismes », revue Critique, collectif, n° 776-777, février 2012.
. Dominique REYNIE, Populisme : la pente fatale, Plon, 2011. (Prix du livre politique, Prix des députés 2012)
. Raphaël LIOGER, Le Mythe de l’islamisation. Essai sur une obsession collective, Seuil, 2012.
******
1 Une des premières utilisations du terme est attestée en russe « Narodnitchesvo » ou en américain dans « Populism », qu’on traduit en français par « populisme » dans les dictionnaires au début des années 1930. A la fin du XIXe siècle, la tradition française désignait ces phénomènes sous les termes de « bonapartisme » ou de « boulangisme ». C’est cependant en France, dans les années 50, que le populisme européen se développe à nouveau, avec le « poujadisme ».
2 Les libéraux autrichiens du FPÖ (1999, Jörg Haider au gouvernement, 28% aux législatives de 2008) ; les « Vrais Finlandais » (19% en 2011) ; le Parti de la Liberté aux Pays-Bas (16% en 2010); l’Union démocratique du Centre (UDC) Suisse – anti-immigrés et anti-UE, devient le premier parti. Viktor Orban et le Fidesz en Hongrie prennent le pouvoir (2010, 52,7%) … La Ligue du Nord en Italie – qui a participé aux gouvernements de Berlusconi – et le Vlaams Blok (devenu Vlaams Belang : Intérêt flamand ») en Belgique est la première formation politique belge avec 17,4% des suffrages… 3 Sur les risques de l’utilisation du concept d’identité, voir le très éclairant petit livre du sociologue Jean-Claude KAUFMANN : « Identités, la bombe à retardement », Textuel, 2014.

Mesurer la pauvreté des enfants ?
Nouveaux tableaux de classement de la pauvreté des enfants dans les pays riches
UNICEF / Centre de recherche Innocenti, Bilan 10  © Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), mai 2012

Hasard des lectures ? Ou choc des questions qui indignent ? Dans le même temps, on peut mettre en articulation :
1 – la nouvelle version du rapport « Mesurer la pauvreté des enfants. Nouveaux tableaux de classement de la pauvreté des enfants dans les pays riches »  (UNICEF / Centre de recherche Innocenti, Bilan 10)[1]
2 – la récente Lettre ouverte de l’association des Directeurs de l’enfance et de la famille (ANDEF), adressée à la Secrétaire d’Etat chargée de la Famille, des Personnes âgées et de l‘Autonomie, s’intitule « La protection de l’enfance en danger ».
3 – et, complétant cette approche quantitative par une lecture de mise en perspective, le rapport de l’OCDE sur l’accroissement des inégalités entre riches et pauvres – plus précisément, entre pauvres et classes moyennes, accentuant encore l’impact de la « crise » dans ses effets de « décrochage », et pour les victimes, un ressenti d’abandon.
Il est impossible, enfin, de ne pas ajouter, mais bien plus qu’en codicille, le travail de réflexion qui va (qui devrait, qui doit …) s’amorcer, une fois retombés les intenses « Je suis Charlie ! » de l’immense manifestation du 11 janvier dernier : ce à quoi nous alerte l’insuffisante prise en compte de la prévention – au sens le plus fort et le plus global -, tant en théories qu’en pratiques, en moyens humains et financiers suffisamment renouvelés et adaptés aux modes contemporains et futurs de nos sociétés pluralistes, mondialisées, hyper communicationnelles et complexes…

Comment ne pas mettre ces alertes sur le même côté de la balance, tout particulièrement au moment où notre association ESPOIR-CFDJ se prépare à célébrer son centenaire. Elle st entrain d’approfondir sa réflexion sur son histoire, ses pratiques et ses stratégies,  à travers les différents contextes politiques, économiques et sociaux qu’elle a traversés. Si cela donne de la couleur à ce que nous allons mettre en valeur, cela impose une plus grande lucidité. A nos débuts, émergent les premières démarches des femmes et des hommes pionniers qui, de tâtonnements en essais, allaient inventer, avec la fin des bagnes pour enfants, la doctrine de l’intérêt de l’enfant et de la protection de l’enfance, la justice des mineurs et les juges pour enfants, les foyers de semi-liberté, la prévention de la délinquance ; sans omettre d’étendre leurs ‘œuvres’ aux activités médicosociales, de solidarité et d’insertion, etc.

Aujourd’hui – parmi bien d’autres indicateurs – ce rapport à échelle de l’Europe nous alerte :

D’abord, ses données principales :

Selon le rapport, la France se situe au 14ème rang des 35 pays étudiés, avec 8,8% d’enfants pauvres si l’on considère la « pauvreté relative », ce qui la positionne dans les moins bons élèves des pays les plus riches. Et si l’on retient comme indicateur un « taux de privation », la France compte 10,1% d’enfants pauvres[2].

Mais pourquoi associer ces données chiffrées, d’ordre économique ou d’accessibilité aux droits, à l’éducation, à la santé, au capital culturel… à nos champs d’intervention qui sont plus spécifiquement la protection et la prévention sous leurs modes d’activités et de pratiques les plus diverses ? D’emblée, il faut entendre l’avertissement exposé dans l’Introduction :

 

« D’un point de vue économique, à l’exception du très court terme, la société a donc tout intérêt à prévenir la pauvreté des enfants. Le principe même d’une prise en charge des enfants est encore plus important. Compte tenu du fait que les enfants ne disposent que d’un certain temps pour se développer mentalement et physiquement de façon normale, l’engagement de les protéger doit être respecté dans les bons comme dans les mauvais moments. Une société qui ne tient pas cet engagement, même en période de difficulté économique, fait défaut à ses citoyens les plus vulnérables et accumule en outre des problèmes sociaux et économiques insolubles qui se poseront dans un avenir très proche.

C’est dans cet état d’esprit que nous présentons aux responsables politiques, aux journalistes et à l’opinion publique cet aperçu comparatif de la pauvreté des enfants dans les pays industrialisés… »
Deux leçons peuvent être tirées de ces constats et nous aider à nous renforcer dans nos convictions. Une troisième étant l’appel à un effort d’information et de communication, recentré sur ces deux enjeux, avec ce que cela suppose de maîtrise des nos moyens face aux grands medias de plus en plus préoccupés par l’éphémère émotionnel ou compassionnel…

D’abord, donc, un rappel de ce au nom de quoi nous agissons : protéger les êtres vulnérables, dont les enfants, au nom des principes qui nous retiennent : intérêt de l’enfant, droits de l’enfant…[3] Ce qui implique de passer de la prévention de la pauvreté des enfants à la prise en charge. Le motif fondateur, la vulnérabilité, est ici souligné : « les enfants ne disposent que d’un certain temps pour se développer mentalement et physiquement de façon normale… »

Ensuite, l’avertissement sur la question du long terme : la non (ou la mal-) prévention d’aujourd’hui est une hypothèque qui pèse sur l’avenir des intéressés, de leur proches et de la société des générations qui viennent. Une hypothèque d’autant plus lourde que la vitesse des changements de modèles (des connaissances, des modes d’agir, des références éthiques… ) va s’accélérant, accentuant encore l’écart entre la solution d’aujourd’hui – c’est déjà celle d’hier ! – et la réponse qu’exige demain… Là aussi, la formule validée du principe de responsabilité[4] en matière d’environnement et de développement durable mérite d’être méditée et activée. Mais qui a capacité, nous murmure l’évidence du bon sens, en temps de crises, de tensions, d’urgence… de réellement investir à moyen/long terme : cela ne suppose-t-il pas des marges de manœuvres, tant en capital social que culturel ou économique ?

Une part de la méthode nécessaire, ne se trouve-t-elle pas, au moins dans ses lignes de force, dans les références de notre Projet associatif  ESPOIR-CFDJ ? Les valeurs défendues par l’association, la déclinaison opérationnelle au service des personnes et, tout particulièrement, les pratiques à conforter et à développer

Apprenons à nous l’approprier pour mieux le réinventer.

Henry Colombani

****

[1] Les auteurs précisent  : « Le présent rapport présente les dernières données comparables à

l’échelle internationale sur les privations et la pauvreté relative des enfants. Réunies, ces deux mesures distinctes fournissent l’aperçu le plus complet actuellement disponible de la pauvreté des enfants

dans l’ensemble des pays les plus riches. » (Introduction)

[2] Le rapport combine deux formes de mesure différentes mais complémentaires de la pauvreté, ce qui donne une photographie relativement précise du positionnement de la France. Le « taux de privation » se réfère à l’accès à des « variables » essentielles, par exemple le fait de manger des fruits et légumes frais tous les jours, de disposer de livres adaptés à l’âge de l’enfant à la maison ou encore de pouvoir profiter d’un endroit calme avec de l’espace pour faire ses devoirs. Quant à la « pauvreté relative », on considère qu’un enfant est « pauvre » s’il vit dans un ménage dont le revenu est inférieur à 50% du revenu médian par ménage.

[3] On peut relire à cet égard les remarques de Michel CHAUVIERE, « Faut-il encore distinguer l’intérêt de l’enfant et les Droits de l’enfant ? », lors de la Journée qu’exige demain d’Etude d’ESPOIR-CFDJ, le 8/12/2011 : Parent s responsables ? Parents coupables, Actes, p. 8.

[4] On peut relire avec des yeux neufs, en l’appliquant au domaine de la prévention, l’ouvrage de Hans JONAS : Le principe de responsabilité (1979) avec les principes désormais célèbres : « Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre » ; « Agis de façon que les effets de ton action ne soient pas destructeurs pour la possibilité future d’une telle vie. »

Et ce type d’engagement de la responsabilité individuelle est inséparable d’une responsabilité collective dans l’agir humain : désormais, l’homme a la puissance matérielle de détruire l’humanité et/ou les conditions de vie de l’humanité de demain ; il a en même temps de nouvelles obligations. Le devoir est pensé non à partir du faire effectif, mais à partir du pouvoir faire, ce qui oblige : « Le bien-être, l’intérêt, le sort d’autrui a été remis entre mes mains du fait des circonstances ou d’une convention, ce qui veut dire que mon contrôle sur cela inclut en même temps mon obligation pour cela…»

12